On ne cherchait pas le désert… et pourtant, il était là

Domaine de Lommel, Campine Belge

On avait tapé « Lommel » dans Maps un peu au hasard, attirés par la couleur beige d’une zone sur la carte. Cette texture particulière qui indique le sable, l’aride, l’inhabituel. Ce qu’on a trouvé, c’était bien plus grand que prévu. Bien plus sauvage. Et bien plus doux, aussi.

Le Sahara de Lommel. Je connaissais le nom. Je ne savais pas encore ce que ça voulait dire dans les pieds, dans les yeux, dans le corps de Hayden qui courait déjà vers les dunes avant que j’aie eu le temps de sortir l’appareil.

Cette journée-là, le domaine nous a tout donné: un désert, un lac, une forêt de pins, des installations qui ressemblaient à des sculptures vivantes, et une paix que je n’avais pas commandée. Le genre de journée qu’on ne planifie pas vraiment, et qui s’impose comme une des meilleures.

Arriver sur le sable, et rester sans voix

La première impression, c’est l’espace. En Belgique, on n’a pas l’habitude.
D’habitude, il y a toujours quelque chose: une haie, une maison, une route, qui vient borner le regard. Là, non. Le sable s’étend, les dunes ondulent doucement sous le ciel, et il y a cette impression étrange d’être ailleurs. Vraiment ailleurs.

Ce n’est pas le Sahara algérien, non. Mais c’est quelque chose de vrai. Un paysage formé il y a des décennies sur les vestiges d’un terrain militaire, là où les pins ont disparu et où le sable a repris ses droits.
Aujourd’hui zone Natura 2000, le site abrite des espèces rares: lézards, crapauds, alouettes, et une végétation basse qui donne lau lieu une beauté particulièrement âpre.

Hayden a couru. Évidemment. Il court toujours en premier, ce garçon, comme si ses pieds savaient des choses que le reste de son corps n’a pas encore eu le temps de formuler. Taïgo l’a suivi en aboyant, les oreilles au vent, le museau dans le sable. Et moi, j’ai regardé.

Ces moments-là, je les laisse venir sans les chercher. Je ne fais pas de photo tout de suite. Je regarde d’abord. Je laisse l’endroit entrer.

« Il y a des endroits qui te font comprendre que l’aventure n’a pas besoin de frontière.
Elle commence là où la carte change de couleur. »

Le lac, le ciel, et le chien libre

Ce qu’on ne dit pas toujours quand on parle du Sahara de Lommel, c’est qu’il y a de l’eau. Partout. Des étangs, des zones humides, un lac qui borde la plage de sable et lui donne une double personnalité, désert d’un côté, douceur bleue de l’autre.

C’est là que Taïgo a décidé que cette journée lui appartenait. Il a couru le long de l’eau, tourné en rond sur le sable mouillé, humé l’air avec cette intensité de berger australien qui prend chaque terrain pour une mission. On l’a laissé faire. C’est aussi ça, vivre comme on vit. Laisser chacun dans la Tribu trouver sa propre façon d’habiter un endroit.

🐕 Pour les familles avec chiens:

le site est globalement très accueillant pour les animaux. On a laissé Taïgo courir en longe sur les zones ouvertes de sable et au bord de l’eau sans aucun souci. Sur les sentiers boisés et dans les zones balisées, laisse tenue recommandée, notamment pour protéger la faune locale.

La tour, les pins, et le silence du haut

Au détour d’un sentier forestier entre les pins, on a croisé la tour d’observation. Une structure en bois qui monte au dessus de la canopée et te donne, depuis le sommet, une vue à 360° sur le domaine entier. Les dunes d’un côté, les lacs de l’autre, la forêt à perte de vue.

Hayden est monté le premier. Il est resté là-haut un moment, silencieux. Ce qui, pour lui, est un exploit. Je crois qu’il cherchait à voir où finissait le sable. Il n’a pas trouvé.

La forêt de pins qui entoure le site a quelque chose de particulier. Elle est dense et lumineuse en même temps, les troncs droits comme des colonnes, le sol couvert d’aiguilles dorées, la lumière qui filtre par strates. On marche dedans et on parle moins fort, automatiquement. Comme si l’endroit imposait une forme de respect.

Quand la nature devient terrain de jeu

Je ne m’y attendais pas du tout. Cachée dans les bois, disséminée le long de la balade, une aire de jeux contrairement à toutes les autres, pas de plastique, pas de métal coloré, pas de structure générique qu’on retrouve dans tous les parcs communaux de Belgique.
Ici tout est fait de bois, de branches, de terre, de formes organiques qui ressemblent à ce que les enfants dessinent quand on leur dit « dessine un endroit magique« .

Des tunnels tressés en branches. Une sorte de champignon géant sculpté dans un tronc. Une coquille de bois arrondie dans le sable. Des structures qui invitent à grimper, se glisser, se cacher, explorer, sans mode d’emploi, sans consigne, sans hauteur maximale recommandée.

Hayden s’est transformé en explorateur de faille spatio-temporelle. Il entrait dans les tunnels, ressortait de l’autre côté, recommençait, testait les angles, inventait une histoire dont j’étais probablement la méchante sorcière ou l’aliée secrète selon les épisodes. On a passé là bien plus de temps que prévu.

L’unschooling dans sa forme la plus épurée: un enfant, un espace qui lui parle, et personne pour lui dire comment s’en servir.

« Quand un endroit est bien conçu, l’enfant n’a pas besoin d’instruction. Il sait. Il y va. C’est tout. »

Le soir venu, dormir à Lommel et tomber sur un cadeau bonus

On a terminé la journée au domaine le ventre vide, et les jambes pleines. Il fallait trouver où poser Syléos pour la nuit. On a atterri sur le parking du hall omnisport de Lommel, grande surface plane, calme, gratuit, le genre d’endroit que les nomades connaissent sans jamais le dire à voix haute.

Et là, juste à côté, une plaine de jeux. Grande, bien équipée, toboggans géants, structures d’escalade, balançoires. Hayden a levé les yeux vers moi avec cette expression qui signifie tu va pas dire non maintenant. J’ai pas dit non. Il a attaqué le toboggan en métal avec la même énergie totale qu’il avait mise dans les dunes six heures plus tôt.

Il est comme ça. Égal à lui-même face à chaque nouveauté, avec la même intensité totale. Je ne sais pas d’où ça vient. Mais j’espère qu’il ne le perdra jamais.

🚐 Van life tip: le parking du hall omnisport de Lommel est une bonne option pour la nuit: grand, calme, gratuit. Le speeltuin Dol-fijn est à deux pas, ce qui en fait un arrêt particulièrement pratique avec enfant. La brasserie sur place permet aussi de manger sur place si tu n’as pas envie de cuisiner dans le van. Pas d’eau ni d’électricité sur le parking, prévoir ses réserves.

Ce que cette journée m’a laissé dans le corps

On est partis sans agenda. On voulait de l’espace, du sable, peut-être un endroit où Taïgo pourrait courir. On a eu tout ça, et en plus: de la beauté vraie, des heures sans montre, Hayden qui apprenait à travers chaque texture et chaque structure, et moi qui me souvenais pourquoi on avait tout changé.

La Belgique me surprend encore. C’est la chose la plus bizarre et la plus belle à la fois. Quitter un pays pour le retrouver autrement. Pas en étrangère, pas en touriste. En nomade qui regarde son propre territoire avec des yeux neufs.

Le domaine de Lommel mérite une journée entière. Pas une demi-après-midi, une vraie journée, avec un pique-nique, de l’eau pour tout le monde, et l’intention de ne rien presser.

Tu connais un endroit comme ça: sauvage et innatendu ?

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Publié par Atrasté

Je suis une jeune passionnée de lecture de 23 ans, habitant Liège. Je donne mes avis, positifs comme négatifs, sur mon blog depuis 2014. J'aime allier la lecture et l'écriture ainsi que le partage d'avis et les conversations qui s'en suivent. Les échanges avec les autres lecteurs, blogueurs et parfois les auteurs sont très enrichissants. Je ne pars jamais sans un livre dans mon sac et dès que j'ai du temps libre j'en profite pour lire. À côté de ça, je suis une grande passionnée d'animaux.

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